29/03/2008

Femme kabyle

C’est un prix spécial du jury mérité. Mais "Le Voyage de Nadia" d’abord un film personnel. Et c’est tant mieux, parce qu’il n’y avait qu’elle à pouvoir montrer cette réalité-là. Nadia Zaoui est revenue dans son village de Kabylie, 18 ans après son départ, 18 ans après son mariage forcé avec un Algérien du Québec. Douze ans après son divorce, cette Kabyle devenue libre est venue voir ce que les femmes de son village sont devenues. Peu de choses ont changé : elles n’ont toujours pas le droit de sortir seules, à cause du qu’en-dira-t-on, des « gens ». « Les gens, toujours les gens, toi qui a vécu dix ans en France, qui admirait leur mentalité, tu es redevenu un kabyle féroce, jaloux », reproche sa meilleure amie à son mari.




Nadia Zaoui montre les femmes âgées, qui dix ans après la mort de celui qui les battaient, gardent encore la peur malgré elles. Elle montre les jeunes, qui vont à l’université et qui malgré cette liberté acquise doivent redevenir des femmes emmurées pendant les vacances d’été. Elle ose aller seule au marché du village, avec ses cousines, pour vérifier le regard et les obscénités des hommes à leurs oreilles.

Elle parle de son histoire, de sa révolte, enfant, de ses rêves qui la faisaient tenir. Et surtout, des traditions qu’elle garde encore en elle. Et des hommes, qui sont eux aussi prisonniers du qu’en-dira-t-on, qui gardent leurs femmes chez eux alors qu’elles ne le veulent pas.

C’est dur, triste, mais il y a un espoir : celles qui partent à l’université font peu à peu bouger les choses. La vétérinaire, qui doit porter les cheveux courts et renoncer sans doute à se marier, mais qui sait rire aux éclats. Des épouses qui découvrent d’autres modèles de vie en regardant la télévision.

C’est dur, triste, mais ça change notre vision du monde : elles ne sont pas voilées, ce n’est pas l’islam le coupable, celui qui a aidé Nadia à tenir pendant toutes ces années. C’est le poids de la tradition. Mais les femmes qui parlent devant la caméra se libèrent. Et Nadia a vérifié, aussi, que la révolte et l’envie de vivre pleinement sont toujours présentes, malgré tous les carcans.

Anne-Gaëlle Besse

"Femmes sans domicile" remporte le coeur des jeunes

Le Jury Jeunes a choisi de récompenser "Femmes sans domicile", le documentaire poignant d'Eric Guéret, que nous avions décrit précedemment.
A la sortie des délibérations, les jeunes votants expliquaient leur choix: "Parce que c'est touchant, déclare Thierry Therouame. Ce sont des portraits de femmes qui combattent et qui dépassent la condition que la société voudrait leur imposer" .
"Je pense que c'est un coup de coeur, ajoute Pierre-Olivier Joets, du lycée Blaise Pascal à Longuenesse, on a pris un petit peu moins le côté professionnel et un peu plus le côté sentimental."
"Femmes sans domicile", qui suivait le quotidien de femmes sans domicile fixe a recueilli les suffrages de 5 des 8 membres du jury.

Pauline Froissart

Palmarès

Grand Prix
Les Martyrs du Golfe d’Aden
de Daniel GRANDCLEMENT – 50 mn – France

Prix spécial du jury
parrainé par la Région nord Pas de Calais
Le voyage de Nadia
de Carmen GARCIA et Nadia ZOUAOUI – 74 mn - Canada

Mention spéciale du jury
de casa au paradis
de Hind Meddeb - 44 mn - France

Prix du 15e anniversaire
Felix Kersten : le médecin du diable
d’Emmanuel AMARA – 52 mn – France

Prix Olivier Quemener
Reporters sans frontières
Colère de Chine
de M. STEPHANE, J. LAPIERRE et J. EIFER - 22 mn – France

Meilleure image
Les enfants de la baleine – Livre 2
de Frédéric TONOLLI – 52 mn – France

Meilleure investigation
Irak Agonie d’une nation
de Paul MOREIRA – 52 mn – France

Meilleur montage - Prix du Public
Le système Poutine
de Jean-Michel CARRE ET Jill EMERY – 90 mn – France

En direct de la vidéothèque

Il est un lieu au Figra qui aime les retardataires. Au fond, après l’expo photo. Huit écrans de télévision, un magnétoscope et sept lecteurs DVD (attention, il y en a qui ne fonctionne pas) croulent sous les demandes. Les documentaires projetés par le Figra depuis 2004 peuvent être visionnés sur place. « Les gens demandent surtout des films qui font moins de trente minutes, pour pouvoir les voir entre deux projections », explique Franco Rivelli, 29 ans, gardien du temple et accessoirement étudiant à Aix-en-Provence. « Tanggula Express, le train le plus haut du monde », remporte le prix avec dix visionnages, juste devant « Le système Poutine ».

A 18h30, une demi-heure avant la fermeture, tous les écrans sont occupés. L’attachée de presse du Cape (le Centre d’accueil de la presse étrangère, partenaire du festival), en charge de l’Asie, repassera demain pour voir « Mumbai, le rêve de la démesure ». L’évêque est arrivé trop tard pour la projection de « Monseigneur Rabban, évêque en Irak », lui aussi repassera. Pendant ce temps, Franco Rivelli parie sur les lauréats avec deux stagiaires de l’Efap. Il soupire : après la remise des prix, les spectateurs se jetteront sur les DVD gagnants. Il a dû abandonner le système de réservation car « les gens abusaient, ils ne venaient pas à l’heure ». Comme tous les temples, la vidéothèque est difficile à préserver.

Anne-Gaëlle Besse

Bamako : la "Foly" de la musique

Dans le cadre des Docs d'Afrique, le public du Figra a pu découvrir en exclusivité le film "Foly" de Sophie Comtet Kouyaté. La réalisatrice y suit un membre de sa famille, Pedro, de retour dans sa ville natale, Bamako (Mali), pour se ressourcer et retrouver les racines de sa musique. Car le film tourne autour des musiciens maliens, qui font bouger les corps au rythme de leur ville.

On suit donc Pedro à la rencontre de ses amis musiciens, marchant avec sa guitare sur le dos : "la ville que tu traverses est comme une peau tendue, frappée de toutes parts." Le film nous entraîne dans une véritable découverte d'instruments locaux que les artistes fabriquent eux-mêmes : instruments à cordes comme le n'goni (sorte de harpe) et percussions comme la calebasse, le n'tama ou le balafon (proche du xylophone). Mais les musiciens utilisent aussi des guitares électriques, à cheval entre tradition et modernité tout comme l'est la ville de Bamako.

À la fois entraînante et envoûtante, la musique porte les spectateurs au long du film, à travers les fêtes colorées et les échanges intimistes entre musiciens. Mais elle manque pourtant lors de plans de la ville, de la circulation automobile ou du travail à la carrière, qui semblent parfois superflus car sans rapport évident avec le sujet. Les paroles des Maliens et les commentaires de la réalisatrice prennent alors le relais des mélodies pour former une sorte d'incantation, proche des chants mystiques des griots africains.

Fanny Le Borgne